Les chiens errants

Une année de vagabondage autour du monde

Cat Ba: à l’intérieur de la caverne

Publié le 20 mai 2013

À travers les paysages vertigineux de l’ile de Cat Ba, Annie et moi avons roulé en motocyclette sur des routes désertes. Après notre randonnée au parc national, nous avons fait une halte en chemin afin d’explorer une caverne.

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En motocyclette

À l’intérieur, il y faisait frais et ça nous reposait de la chaleur tropicale et du 85% d’humidité du Vietnam. En plus, nous étions seuls comme visiteurs, pas de guide, ni de gardien. Toutefois, s’il n’y avait aucun humain, en contrepartie, des centaines de chauves-souris avaient pris possession des lieux.

Certaines, juste pour nous agacer, venaient frôler notre tête avec leurs ailes d’un air espiègle. Annie m’a demandé de parler fort afin qu’elles nous fichent la paix. Mais vite comme ça, il n’y a rien qui me venait à l’esprit.

Parler fort? En plus, on m’a toujours dit que je parlais trop fort.

Comme demande spéciale, ça me faisait bizarre. Je me sentais comme David Bowie en spectacle qui plutôt que se faire prier par son public d’interpréter ses classiques habituels Ziggy Stardust ou Ashes to Ashes, se serait fait réclamer Day-In Day-On, une de ses plus insipides chansons.

Si Annie m’avait demandé de traiter d’un thème en particulier, c’est sûr que plein d’idées me seraient venues en tête. Mathieu, est-ce que tu pourrais me crier dans les oreilles ton opinion au sujet de l’avortement?

Finalement, j’ai opté pour chantonner Live if Life, le hit des années 80 du groupe autrichien Opus. Live is Life La La La La La… Live is Life La La La La La… Avec ma voix amplifiée par l’écho de la caverne, l’effet était pas mal du tout.

Dans les films policiers, il y a toujours la fameuse scène où l’inspecteur tente de réfléchir comme le tueur en série afin de dénicher de nouveaux indices et savoir qui risque d’être la prochaine victime.

De mon côté, en tant que visiteur de caverne, je me suis imaginé dans la peau d’une chauve-souris vietnamienne. J’ai pensé à ce qui pourrait alors le plus me terrifier. De toute évidence, en haut du palmarès, il se trouvait cette chanson et surtout, interprétée par un Québécois.

Quand je chante en anglais, mon accent produit des ultra-sons terribles pour leurs petites oreilles de chauves-souris. Ça leur provoque même de légers saignements. Bref, je ne sais pas si je les ai traumatisés à vie, mais nous avons pu terminer notre visite sans être importunés.

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À l’intérieur de la caverne

L’inconscient, ça me fascine. Pour quelle raison, ai-je pensé à cette pièce musicale en premier? Pas le moindre lien à établir avec ma réalité des dernières semaines.

Il faut croire que toute seule, la chanson Live is Life gambadait librement dans le labyrinthe de mon cerveau, lorsqu’elle a reçu un appel radio. Alerte à toutes nos unités, je répète, alerte à toutes nos unités. Vite, il nous faut du renfort!!! Nous avons besoin de toute urgence d’une chanson nulle pas trop difficile à chanter.

Live is Life a répondu aussitôt. C’est bon, je prends l’appel, je suis à quelques secondes de la bouche.

C’est comme tous ces rêves que je fais, nuit après nuit, à propos de mon retour à Montréal. Les images et les impressions me paraissent tellement réalistes qu’à mon réveil, chaque fois je sursaute, étonné de me trouver encore dans un hôtel cheap.

Dans ces rêves, c’est souvent à la maison de mon enfance, mon bungalow à Laval que je débarque avec mes bagages. Je descends avec Annie dans ma chambre au sous-sol et découragé, je constate qu’il y a un ménage considérable à faire. Tout s’y trouve pêle-mêle. Des jouets d’enfant poussiéreux, des rapports d’évaluation que j’ai rédigés, une vieille assiette avec un reste de pâté chinois.

C’est vraiment chien de la part de mon inconscient de me proposer des rêves de la sorte. Pourtant, moi, de mon côté, je n’arrête pas de le vanter. L’inconscient, ça me fascine!!! L’inconscient, c’est vraiment extra!!!

Peut-être que mon retour se déroule dans ce lieu, parce qu’il y a vingt ans de cela, lorsqu’Annie et moi sommes revenus d’Europe, c’est dans cette chambre que j’ai dû reprendre ma vie.

Mais ça serait trop simple. L’inconscient déteste la simplicité. Il est beaucoup trop tordu pour cela.

J’imagine plutôt qu’il veut me laisser entendre que depuis cette époque, je n’ai pas vraiment grandi.

Oui, j’ai vieilli, les années ont passé, mon vocabulaire s’est enrichi. Mais peut-être qu’en fait, toutes mes expériences n’ont été que d’incroyables détours, des détours qui au bout du compte, m’ont toujours ramené au seul et même point de départ.

Je suis demeuré cet adolescent se posant des milliers de questions.

Par contre, cet adolescent a perdu une grande partie de sa naïveté. Son esprit critique s’est aiguisé à un tel point qu’il lui est devenu de plus en plus difficile de s’émerveiller.

Pendant longtemps, ne pas être aimé représentait ma plus grande crainte. Mais maintenant, c’est davantage de perdre ma capacité à aimer qui m’inquiète le plus.

Quand je me promène dans un centre commercial, je ne désire rien. Dans cet univers, je n’existe pas. J’ai l’impression d’être un fantôme qui passe à travers tous les objets qui se trouvent sur son chemin.

Sur ma route, j’ai rarement envie de faire de nouvelles rencontres. Je n’ai pas la sensation d’être intéressant de manière fondamentale. Je le suis pour mes proches, pour les gens que je peux aider par mon travail, mais autrement, partout où je vais à travers le monde, je suis persuadé de n’être qu’un spectre de passage.

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Devant notre hôtel, une cinquante de chèvres sorties de nulle part ont tenté de prendre le contrôle de la ville

L’autre jour, je repensais à mon année avant le départ et comment à cette période, je pouvais me sentir. Il m’est venu alors une pensée des plus étranges.

Mentalement, je me suis entendu dire : dans le fond, il était gentil, ce gars.

D’abord, ça m’a donné un frisson de m’observer comme si j’étais un autre. J’ai réalisé que le Mathieu d’avant, il ne m’a pas suivi dans ce voyage, il est resté à Montréal.

Quand je vais revenir, je ne sais pas s’il va accepter que je prenne sa place dans son corps. Peut-être qu’il n’en a rien à foutre de ces histoires de grand voyageur. Va-t-il me traiter comme un esprit étranger venant le hanter?

Puis, pour quelle raison, j’ai pensé gentil dans le fond? Je me croyais méchant? Mais voyons donc!!! À ma connaissance, je vous assure, je n’ai jamais cassé la gueule à qui que ce soit.

Mais de cette réflexion, ce qui me subjugue, c’est cette tendresse. Tendresse à mon propre égard. C’est rare qu’il me soit arrivé d’avoir envie de me prendre moi-même dans mes bras.

Peut-être que pour éprouver un tel besoin, je devais d’abord entreprendre la démarche de devenir un autre, un être complètement étranger à qui j’étais.

Inconscient, qu’est-ce que tu en penses? Inconscient, c’est le temps de parler. Je t’écoute.

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Fin

Sapa: orteils vietnamiens

Publié le 6 mai 2013

Pour nous rendre à Sapa, situé au nord du Vietnam, non loin de la Chine, nous avons dû nous taper neuf heures de train. Ce genre de durée m’impressionnait au début du voyage, mais plus maintenant.

Pour de tels déplacements, je me concocte alors tout un programme.

Lecture de 1Q84, un roman de Haruki Murakami. Ensuite, écouter de la musique en regardant dehors les rizières en terrasses et les familles labourant leur terre. Parfois, ça me prend un certain temps avant de trouver la bonne trame sonore. En première position de mon palmarès des chansons sur la route, il y a Stone du groupe Faces. Chaque fois, comme par enchantement, le paysage s’illumine. Puis, conversation à trois au sujet de nos proches, des chiens et de la maison en grignotant des noix et des bananes. Partie d’échecs avec Zachary et retour à Murakami. À la fin du trajet, j’étais presque déçu d’être obligé de remballer mon attirail.

Avec le tourisme, l’agriculture est un des principaux moyens de survie dans cette région

Avec le tourisme, l’agriculture est un des principaux moyens de survie dans cette région

Par contre, je dois ajouter que durant ma lecture, je fus déconcentré par des orteils. Orteils dans mes fesses pour être plus précis. Il faut comprendre que les bancs du train sont munis d’une fente entre le siège et le dossier. J’ignore si les ingénieurs ont conçu ces bancs en ayant en tête cette fonction, mais dans cette ouverture, les orteils s’insèrent parfaitement bien. J’irais même jusqu’à dire qu’on peut y voir quelque chose d’ergonomique, mais bien entendu, surtout pour le passager à l’arrière du siège, un peu moins pour celui assis dessus.

Pour repousser ces dix petits envahisseurs, mon premier réflexe fut d’utiliser mon livre électronique comme un couperet. Contre ces orteils un peu sales, je n’avais pas le cœur de lutter à main nue. Sans émettre le moindre commentaire, mon voisin du banc arrière a alors retiré ses pieds. Tout fier, je pensais avoir remporté la guerre, mais l’instant d’après, j’ai eu droit à l’un de ces mêmes pieds, mais cette fois-ci, sur mon accoudoir, juste sous ma fenêtre. Pour être franc avec vous, ça altérait un peu ma magnifique vue sur les montagnes.

Mais je me suis résigné. Ma relation avec les pieds de ce passager semblait inévitable. C’était mon karma, il faut croire. J’ai tenté de me convaincre que cela faisait partie de l’expérience du voyage. De toute ma vie, je n’aurais peut-être pas d’autres occasions de voir d’aussi près des orteils vietnamiens. Autant en profiter.

En voyage, nous pouvons passer notre temps à être en colère. Par exemple, commander des rouleaux de printemps aux crevettes, mais contenant qu’une particule de crevette. S’engueuler avec le serveur est une option, mais se fâcher finit par épuiser.

Quand j’étais adolescent, j’ai travaillé un été dans un magasin de vêtements à Laval, dédié à une immense vente d’entrepôt. Ma tâche principale consistait à replier sans cesse des chandails que les clients prenaient un malin plaisir à laisser en tas sur les étalages. Des fois, sous le soleil impitoyable du mois de juillet, je devais aussi me déguiser en mascotte et gesticuler tout près de la sortie de l’autoroute pour tenter d’attirer les automobilistes à notre vente d’entrepôt. Ça changeait le mal de place pour une heure ou deux. Mon salaire était poche. La radio du magasin diffusait en boucle des chansons poches. Quand je n’étais pas accoutré de mon costume de mascotte qui sentait la transpiration, j’étais obligé de me vêtir d’un t-shirt rouge pétant qui me faisait sentir tout aussi poche.

Je m’étais fait un ami rigolo qui s’appelait Hugues, un ami que je n’ai jamais revu par la suite. Toute la journée, nous parlions ensemble tout en pliant des vêtements. L’été d’avant, il avait eu un emploi vraiment payant, mais cette année, comme moi, ce travail est tout ce qu’il était parvenu à se dénicher. D’un haussement d’épaules, il avait résumé la situation en disant que des fois, on gagne, des fois, on perd.

Il y a des gens qui ont comme influence, le Dalaï-Lama, d’autres qui se réfèrent aux paroles de l’évangile. En ce qui me concerne, je m’en remets à Hugues. Hugues et à sa phrase que je me redis souvent quand je me sens frustré.

Bref, je devrais m’estimer heureux dans la vie, si en moyenne, je gagnais plus souvent que je perdais.

Au chapitre des victoires, notre randonnée à Sapa s’y trouve. Une victoire qui fait oublier amplement les orteils que j’ai eus et les crevettes que je n’ai pas eues. Je crois que je vais me souvenir longtemps de ce diner avec Zu, notre guide hmong et de sa sympathique famille. Nous avons bu de l’alcool de riz fait maison (alcool assez puissant qui désinfecte l’œsophage d’un bout à l’autre). À chaque instant, ils remplissaient nos verres pour trinquer à nouveau. Avant de se quitter, la longue accolade d’un de nos hôtes m’a fait chaud au cœur, même si je n’ai pas compris un seul mot de ce qu’il me racontait en me serrant la main.

J’ai l’air saoul, mais je ne l’étais pas tant que cela!

J’ai l’air saoul, mais je ne l’étais pas tant que cela!

Victoire qui compense aussi notre retour. Après la randonnée en montagne, pour revenir à l’hôtel, nous devions nous accrocher chacun à l’arrière d’un motocycliste. Dès le départ, devoir emprunter en moto ces routes étroites, tournant sans cesse, m’inquiétait. Annie et Zachary sont revenus sans incident. En ce qui me concerne, j’en ai eu pour trois.

Je suis parti avec un premier motocycliste, mais après dix minutes de route, nous avons dû nous arrêter au milieu de nulle part. Un de ses pneus venait de crever. Il a interpelé un autre type qui passait par là en moto. Je suis aussitôt embarqué avec ce nouveau venu. Mais à peine cinq minutes plus tard, nouvel arrêt et cette fois, la raison était la panne sèche. Le troisième motocycliste fut le bon et miracle, l’engin a réussi à tenir le coup jusqu’au bout. Dans cette situation, le bon côté est que maintenant, je sais comment peut se sentir le bâton dans une course à relais.

La philosophie du des fois, on gagne, des fois, on perd s’applique aussi au billard. Mais quand je joue contre Zachary, c’est plus La plupart du temps, je perds et il est déjà arrivé que je gagne, mais ce n’est même pas parce que j’étais bon, c’est juste qu’il a empoché la noire au mauvais moment.

À notre hôtel, nous jouions ensemble au billard quand un Anglais et un Australien sont arrivés pour une partie en double. J’étais extrêmement nerveux, d’autant plus que dès le commencement, l’Anglais a empoché quatre boules, une à la suite de l’autre.

Mon objectif, je vous le jure, se trouvait à des années-lumière de celui de triompher. Ça fait longtemps que j’ai accepté de perdre, surtout à ce jeu. Ma seule réelle intention était de ne pas faire trop honte à mon fils.

Mais je suis incapable d’expliquer comment j’ai pu aussi bien jouer. Au cours de la partie, j’ai empoché six boules comprenant le coup vainqueur. Je me serais cru dans un film. J’ajouterais même un film de science-fiction, tellement je m’étais surpassé.

Par la suite, je n’ai pas osé refaire une nouvelle partie, ne voulant pas gâcher la beauté du moment. Il y a une limite à tenter sa chance. J’ai prétexté qu’Annie m’attendait à l’étage au-dessus. En plus d’avoir eu l’air d’un champion, je me suis donné l’apparence d’un bon époux.

Dans le train, j’ai peut-être perdu ma bataille contre les orteils, mais au moins, l’espace d’une soirée, j’ai pu faire mon frais à l’hôtel.

Sur la route de notre randonnée avec les Hmongs, nous avons croisé par hasard des gars qui étaient à notre partie de billard de la veille

Sur la route de notre randonnée avec les Hmongs, nous avons croisé par hasard des gars qui étaient à notre partie de billard de la veille

Hoi An: la lumière du passage

Publié le 20 avril 2013

Est-ce l’effet du voyage ou bien est-ce l’âge? Ces temps-ci, des souvenirs pêle-mêle de différentes époques refont surface dans ma tête.

Enfant, j’avais peur du noir. Lorsque venait le moment de me coucher, la porte de ma chambre devait demeurer ouverte et la lumière du passage, allumée. J’ai repensé à ce détail, car dans notre chambre d’hôtel à Hoi An, il y a une vitre givrée en haut de la porte qui laisse pénétrer la lumière durant la nuit.

Les peurs des enfants ont souvent quelque chose de métaphysique. Rien à voir avec la crainte d’être incapable de payer son hypothèque ou de tomber malade. Encore maintenant, aucune idée de ce qui me terrifiait tant de cette obscurité.

Est-ce à cause de tels monstres que j'avais peur du noir, enfant?

Est-ce à cause de tels monstres que j’avais peur du noir, enfant?

Je suis un gigantesque labyrinthe renfermant des recoins mystérieux. À choisir une prochaine destination de voyage, ça serait celle de mon inconscient.

À Da Lat, croyant me divertir, j’ai lu le recueil de nouvelles Petit déjeuner chez Tiffany de Truman Capote. Dans ces histoires, il ne se passe pas beaucoup d’action. Mais dans tout ce qui n’arrive pas et tout ce qui ne se dit pas, une tension insoutenable demeure. C’est l’équivalent de prendre un bain trop chaud de mélancolie.

Un souvenir de Noël, le dernier récit m’a semblé au départ être un charmant conte du temps des fêtes mettant en scène un petit garçon. Première réaction : cela va me reposer de Holly, cette femme-enfant de l’histoire principale dont sa superficialité cache un déchirant mal de vivre.

Mais dans les dernières pages, j’ai éclaté en sanglots. Je pleurais et ce n’était pas juste une ou deux larmes mignonnes. Cela a duré plusieurs minutes et faisait du bruit. Vraiment rien de distingué. Dans le lit, allongé à côté d’Annie, dos à elle, je m’efforçais pour qu’elle ne remarque rien.

Il faut croire que j’ai un orgueil de mâle. Je n’aime pas avoir l’air d’une mauviette. Pleurer pour un conte de Noël, pas fort!!!

Lorsqu’elle s’en est aperçue, je me trouvais ridicule. Je riais de mon état tout en continuant de pleurer. En essayant de lui expliquer ce que je trouvais triste, j’étais de nouveau, inconsolable. Pourtant, cette histoire n’avait rien à voir avec la mienne. Je me sentais juste accablé pour l’auteur en imaginant que les sentiments décrits avaient été les siens.

Il m’arrive de pleurer, pas souvent et habituellement, c’est à cause d’un chat ou d’un chien qui meurt comme à la fin du roman L’Insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera.

Je tolère quand je pleurniche pour des histoires d’animaux. C’est mon talon d’Achille.

Les histoires de chevaux peuvent m'émouvoir également, surtout quand ils appartiennent à des cowboys vietnamiens de Da Lat à The Valley of Love. Mais est-ce que ce petit cheval est mort? Je vous rassure, il ne fait que sa sieste de l'après-midi!

Les histoires de chevaux peuvent m’émouvoir également, surtout quand ils appartiennent à des cowboys vietnamiens de Da Lat à The Valley of Love. Mais est-ce que ce petit cheval est mort? Je vous rassure, il ne fait que sa sieste de l’après-midi!

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En ce qui concerne Un souvenir de Noël, je me sentais déçu de moi-même comme si je venais de perdre une partie d’échecs contre Truman Capote. Son livre date de 1958, il est mort depuis longtemps et il est quand même parvenu à me donner un coup de poing dans le ventre, le salaud!

En fait, je me sentais plus que déçu ou vaincu. J’ai eu peur. J’ai ressenti une peur métaphysique.

Est-ce qu’il y a un lien à faire avec les grands questionnements du personnage de Julius Hertzfeld de La méthode Schopenhauer? Dans cet autre roman que je viens tout juste de terminer, Julius, un éminent psychologue dans la soixantaine vient d’apprendre qu’il a le cancer. Il doit remettre en question toute sa belle théorie sur le monde et tenter de trouver un sens aux derniers mois de vie qu’il lui reste.

Comme vous voyez, j’ai un côté masochiste. On dirait que je fais exprès. Je suis en vacances pendant un an et j’arrive à me compliquer l’existence!

L’auteur, Irvin Yalom, est psychiatre, professeur, psychothérapeute, en plus d’être calé en histoire et en philosophie. À mon retour au Québec, je vous avertis, je vais demander qu’on me rende des comptes. Pourquoi jamais personne ne m’a recommandé ses livres?

Ici, loin de mes repères, je pense à ma vie dans sa globalité et forcément, l’idée de la mort revient souvent.

Est-ce que je penserais moins à la mort, si je faisais plus de sport?

Est-ce que je penserais moins à la mort, si je faisais plus de sport?

Voyager autour du monde faisait partie d’un projet que je voulais accomplir au cours de ma vie. Voilà, c’est fait, on peut maintenant passer à autre chose.

Par contre, en faisant passer mon projet du rêve à la réalité, j’ignorais que dans cette transaction, je perdais le rêve.

Quand un rêve meurt, il y a une portion de nous qui meurt du même coup.

Mais la mort, à vrai dire, ça ne me dérangerait peut-être pas autant, si au moins, je pouvais demander que la lumière du passage demeure allumée.

Stationnement de cygnes (est-ce que ça ressemble à cela le paradis?)

Stationnement de cygnes (est-ce que ça ressemble à cela le paradis?)

Da Lat: l’école buissonnière

Publié le 6 avril 2013

Il existe plusieurs types de voyageurs. D’abord, les Champions de la planification. Avec eux, chaque minute a déjà été réfléchie à l’avance. En deux jours maximum de visite, ils vous règlent une ville.

Temple de machin chouette – fait

Tour de pédalo en forme de cygne sur le lac – fait

Restaurant coté Top Choice dans le Lonely Planet – fait

Puis, impossible d’ignorer la catégorie des Grands aventuriers recherchant les sensations fortes. Tout doit être extrême. Expédition dans des pays en guerre, parapente les yeux bandés, nourriture épicée. Aucun problème à se déplacer de façon clandestine via un wagon de marchandises, passer la nuit à dormir sur un banc de parc ou taquiner une guenon en chaleur. Moins ils ont de bagages, meilleurs ils sont.

Il ne faut pas non plus oublier les Citoyens du monde. Ils savent se fondre dans n’importe quelle culture. Ce sont les premiers à se foutent à poil pour aller danser avec une tribu africaine. Un peu plus tard, ils se revêtiront d’une robe de moine pour prier un Dieu qu’ils n’ont jamais entendu parler.

J’ai l’air un peu cynique, non? Il faut comprendre que je suis jaloux. À côté d’eux, je fais piètre figure.

Mais je ne les envie pas tant pour toutes leurs capacités extraordinaires. En fait, je suis surtout jaloux de leur motivation.

Bref, si voyager représente l’école de la vie, j’ai souvent la tentation de faire l’école buissonnière et rester dans ma chambre à regarder le paysage par la fenêtre.

Parmi les sept péchés capitaux, j'ai surtout celui de la paresse (affiche à côté de la station d'autobus)

Parmi les sept péchés capitaux, j’ai surtout celui de la paresse (affiche à côté de la station d’autobus)

Le pire est que je pourrais faire cela plusieurs jours d’affilés sans la moindre difficulté. Je visite parfois des trucs, juste pour me déculpabiliser. Bordel, je suis au Vietnam!!! Il faudrait bien que j’en profite un peu.

Dans la ville de Ho Chi Minh, j’ai donc assisté à un spectacle de marionnettes sur l’eau accompagné de musique traditionnelle. Sur le site web de la troupe, il était indiqué de façon très formelle : Not watching a performance of water puppetry means not visiting Vietnam yet. C’est assez confrontant comme argument.

 De toute ma vie, cinquante minutes ne m’ont jamais paru aussi longues, mais j’ai eu au moins le sentiment du devoir accompli. Heureusement, il n’y a pas eu de rappel.

À côté de ce fameux théâtre de marionnettes, il y avait un terrain de basketball où Zachary a pu se faire rapidement des amis. Il a décidé de rester quelques jours de plus à Ho Chi Minh pour pouvoir jouer quotidiennement avec eux.

Pour la première fois du voyage, Zachary n’est pas avec nous.

Zac en pleine action, malgré les 40°C

Zac en pleine action, malgré les 40°C

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De notre bord, Annie et moi sommes partis un peu plus au nord, à Da Lat, à huit heures de route, dans un coin montagneux où le climat est frais.

Je pensais que les autobus proposant des sièges Sleeper étaient seulement pour la nuit. D’un certain point de vue, c’est comme de passer la journée au lit, ce qui concorde parfaitement à mes envies fainéantes de ces temps-ci. Avant d’entrer dans l’autobus, nous devons nous déchausser, mais revêtir un pyjama n’est pas obligatoire.

Durant le trajet, une télévision diffuse en continu des émissions vietnamiennes et souvent, des galas interminables comprenant des numéros de chant et d’humour.

Ne comprenant pas la langue, mon divertissement consiste surtout à trouver l’équivalent des vedettes vietnamiennes à celle du Québec. Sans aucun doute, ce chanteur, c’est René Simard! Mais Annie n’est pas du tout d’accord, elle trouve que c’est plutôt un Mario Pelchat.

Nous avons loué un chalet dans un parc appelé The Valley of Love. C’est là que de tous les coins du pays, beaucoup de couples vietnamiens viennent célébrer leur voyage de noces.

J'ignore si ce Funny in Love de couple ont célébré leur voyage de noces à The Valley of Love

J’ignore si ce Funny in Love de couple ont célébré leur voyage de noces à The Valley of Love

Cultivant la fraise dans cette région, il y a un grand nombre de commerces qui proposent de la confiture de fraises, des bonbons à la fraise, du sirop à la fraise et du jus de fraises. Les boutiques ont beau être immenses et nombreuses, ils vendent tous la même chose et pratiquement rien d’autre. Pas même le pain pour mettre cette foutue confiture.

Pain aux bananes, tout ce qu'on a trouvé sur quoi étaler notre confiture

Pain aux bananes, tout ce qu’on a trouvé sur quoi étaler notre confiture

Plus tard, vers huit heures du soir, nous avions faim, mais à proximité de notre chalet, tout était fermé. Pas juste fermé, mais barricadé avec les lumières éteintes. Je pouvais me croire dans un western lorsqu’il y a rumeur que des truands s’en viennent envahir la ville.

La seule lumière sur cette longue route éclairait devant sa maison, un homme installé par terre. Il sculptait une œuvre à partir d’une souche d’arbre. D’un œil protecteur, il veillant du même coup sur son bébé gazouillant non loin de lui. Bien que ne parlant très peu l’anglais, ce père de famille s’est montré accueillant et il nous a fait signe d’entrer chez lui.

Dans une salle à manger surchargée, une petite fille en habit d’écolière regardait la télévision. Je n’ai jamais su si c’était un vrai restaurant ou non, mais pour un montant modique, sa femme nous a préparé une soupe aux nouilles ramen et du riz recouvert de concombres, de brocolis et d’un œuf frit.

Même quand nous voulons juste une vie ordinaire, le voyage nous réserve de bien drôles de surprises.

Une semaine auparavant, lorsqu’est venu le temps de monter à bord du ferry pour quitter l’ile de Phu Quoc, une centaine de passagers ont pu y prendre place, à part nous trois. Tous les sièges se trouvaient occupés.

Sur le quai, j’avais beau argumenter que nous avions déjà acheté nos billets pour cette traversée de plus de deux heures en bateau, c’était inutile. Ça ne semblait pas émouvoir personne que par le fait même, nous allions manquer cet autobus où nos places étaient réservées, situé de l’autre côté de la rive.

Le bateau s’en allait donc sans nous, mais nos bagages eux avaient déjà été mis sur le toit et s’y trouvaient toujours!!!

À en perdre la voix, j’ai crié d’arrêter le bateau, mais l’équipage semblait s’en foutre éperdument. Certains même riaient. L’organisateur à qui était la faute de tous nos déboires, restait en silence, écrasé sur une chaise à siroter un drink.

J’ai couru le long du quai et bourré d’adrénaline, d’un bond spectaculaire, j’ai sauté sur le ferry en marche.

Je n’en revenais pas moi-même. C’est vraiment Mathieu Guénette qui a fait cela? Pour l’espace d’un instant, le Grand aventurier en moi venait de se réveiller.

Da Lat: la sainte paix

Publié le 4 avril 2013

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